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Au-delà de la nicotine, peut-on être addict à l’objet cigarette électronique ?

Publié le : 02/06/2020
Catégories : Actualité générale

Les fumeurs ne sont pas aliénés par la seule nicotine. D’autres formes de nécessité, plus subjectives, constituent l’addiction : le geste, l’odeur ou la portée sociale de la « pause clope ».

Ce faisceau addictif a été amplement étudié et les résultats de ces études sont sans appel : dans la dépendance au tabac, les facteurs psychologiques et environnementaux jouent un rôle très important et, dans le contexte d’un sevrage, perdurent longtemps après le deuil de la nicotine. Bien qu’infiniment moins néfaste pour la santé que la cigarette conventionnelle, l’e-cigarette (et c’est ce qui fait que c’est un outil formidable pour arrêter de fumer) maintient les deux composantes essentielles de l’addiction à la cigarette : la dimension physique (avec une écrasante majorité de e-liquide nicotinés) et la dimension comportementale et psychologique, avec une utilisation proche de celle des cigarettes conventionnelles. Néanmoins, malgré des ressemblances flagrantes avec la dépendance à la cigarette, le besoin de vapoter fait état de spécificités intéressantes. Dans cet article, nous allons interroger la dépendance à la cigarette électronique, sa réalité, ses dimensions et ses conséquences.

Les dépendances physiques et psychologiques se nourrissent l’une de l’autre

Commençons par clarifier le concept d’addiction. Une addiction se caractérise par les trois mécaniques qu’elle mobilise : la recherche de plaisir (motivation à consommer), le besoin d’un soulagement (état émotionnel négatif) et, finalement, l’incapacité progressive à contrôler sa consommation. Pris ensemble, ils provoquent des effets sur la personne dépendante, qui constituent autant d’indices de la présence d’une addiction : la perte de contrôle de soi-même, les retombées négatives sur la vie professionnelle, l’incapacité à cesser la consommation alors même que ses retombées négatives sont connues de l’individu, etc.

Il existe deux grands groupes d’addictions, en fonction de leur objet : les addictions à une substance génératrice de dépendance (comme la nicotine, les opiacés ou encore l’alcool) et l’addiction à une activité (les jeux d’argents, le sexe ou les réseaux sociaux). Ce dernier type de dépendance fait moins autorité dans le milieu scientifique. Le manuel de référence des troubles psychiatriques, le DSM (pour Diagnostic and Statistical manual of Mental disorders) ne reconnaît ainsi, dans cette catégorie, que les jeux d’argent.

Pourtant, les études menées sur les fumeurs ont déjà démontré, à de nombreuses reprises, l’importance des dimensions psychologiques, comportementales et environnementales dans la dépendance au tabac. Plus que cela, la dépendance à la nicotine et les autres dépendances travaillent ensemble à intensifier l’effet addictif des cigarettes : ils ont un effet synergique. En particulier, certaines études relèvent que la nicotine a pour effet de rendre les fumeurs plus attentifs aux stimuli (visuels, olfactifs ou encore à l’ambiance) qu’il associe au tabac, et donc, à rendre le sevrage plus compliqué ! (1). Quand on parle d’addiction, il est donc toujours question d’une combinaison de plusieurs types de dépendances, en proportion et en intensité variable selon les individus.

L’e-cigarette permet un sevrage nicotinique progressif

Le pouvoir addictif de la nicotine présente dans le tabac n’est plus à démontrer. Selon des études de référence à la crédibilité bien établie, la nicotine aurait un pouvoir addictif plus élevé que les substances contenues dans l’héroïne, la cocaïne ou l’alcool ! (2)

Néanmoins, dans le cas de la cigarette électronique comme, a fortiori, des substituts nicotiniques, l’absorption de nicotine est moins addictive d’un point de vue physique (3). La cigarette électronique délivre la nicotine dans le sang de manière moins abrupte que la cigarette conventionnelle, ce qui diminue son potentiel addictif, ainsi que les phénomènes de craving bien connus des consommateurs de drogues. L’observation du comportement des vapoteurs confirme cette déduction : contrairement aux fumeurs, de nombreux vapoteurs parviennent, après quelques semaines à quelques mois, à diminuer leur taux de nicotine. Il faut donc considérer, du point de vue de la dépendance physique, la cigarette électronique comme moins addictive que la cigarette conventionnelle.

La nicotine, qu’elle soit fumée, vapotée ou diffusée par un patch, est la première dimension de l’addiction à cesser de produire des effets en cas de sevrage. En effet, contrairement à une idée reçue, les effets du manque de nicotine se dissipent après environ un à deux mois d’abstinence. Il en est autrement des dépendances psychologiques et environnementales, qui peuvent perdurer plus d’un an !

L’e-cigarette tend à entretenir une dépendance psychologique au geste

Les dépendances psychologiques et environnementales constituent autant d’habitudes de consommations dont il est difficile de se défaire. La dépendance aux gestes (le fait de porter à la bouche la cigarette, d’avoir le paquet dans la poche ou d’occuper ses mains) et la dépendance contextuelle (fumer en buvant un verre, en parlant au téléphone ou pour clore une journée de travail) vont être, dans le cerveau du fumeur, durablement associées au plaisir et à la relaxation que produit la dopamine, l’hormone du plaisir.

La cigarette électronique peut, en se substituant à la cigarette, faire perdurer l’ensemble de ces plaisirs. Les vapoteurs le savent : une part importante du plaisir réside dans le fait de garder sa cigarette électronique en main, de souffler la vapeur ou de l’utiliser dans un contexte social. Certes, il y a des variations : l’odeur, le goût, l’absence de briquet ou de paquet de cigarette. Mais aussi et surtout, des constantes : une présence rassurante, le fait d’amener à la bouche, de pouvoir s’accorder une pause entre les heures de travail. Cela était d’ailleurs clairement l’objectif au début, que l’on regarde la volonté originelle de son inventeur, ou les premiers modèles, qui calquaient au maximum leur apparence sur celle de la cigarette.

Par la continuité dans la gestuelle et par l’introduction de nouveaux comportements, aussi susceptibles de devenir des dépendances psychologiques, la cigarette électronique facilite le sevrage du tabac en diminuant l’intensité du manque chez l’ex-fumeur. Néanmoins, entretenir des réflexes de fumeur, c’est aussi, pour certains tabacologues, le risque de retarder le deuil de la cigarette (4). La dépendance psychologique à l’e-cigarette est par exemple très visible chez les vapoteurs qui, passés à 0 mg/ml de nicotine, continuent de l’utiliser assidument. À la question « vapoter est uniquement un moyen de s’administrer de la nicotine ? », il faut donc répondre par la négative.

Conclusion

Aujourd’hui plébiscitée comme moyen de sevrage au tabac, la cigarette électronique compte de plus en plus d’adeptes. Ce succès ne s’explique pas seulement par la nicotine qu’elle administre, mais aussi par sa capacité à faire perdurer les (mauvaises) habitudes du fumeur. Pourtant, si la cigarette électronique entretient bien le geste et le plaisir associé au tabac, c’est avant tout au bénéfice de son efficacité comme moyen de sevrage. Dès lors, du moment que l’e-cigarette n’entretient pas l’envie de cigarette, il n’y a pas de raison de s’alarmer : il est infiniment préférable d’être dépendant à la vapoteuse mais libéré du tabac, que libéré de la gestuelle mais toujours prêt à renouer avec la cigarette.

Il s’agit de remplacer une addiction terriblement nocive (nous rappelons que la cigarette tue un fumeur sur deux) par une addiction au minima 95% de fois moins nocive...

Sources :

(1) Cue reactivity in nicotine and tobacco dependence: a "multiple-action" model of nicotine as a primary reinforcement and as an enhancer of the effects of smoking-associated stimuli. C Chiamulera. Brain Research Reviews, In Press (2004).

(2) JC Anthony et coll., Experimental and Clinical Psychopharmacology,1994; 2: 244-268.

(3) J.F Etter, T. Eissenberg. Dependence levels in users of electronic cigarettes, nicotine gums and tobacco cigarettes, Drug and alcohol dependence, 2015 – Elsevier.

(4) V. par ex. https://www.assurance-prevention.fr/cigarette-electronique-efficacite.html

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