L’e-cigarette et la santé : une étude très encourageante de l’Institut Pasteur

Les études sur les conséquences sanitaires de l’e-cigarette se suivent, mais ne se ressemblent pas. Protocoles, axes d’étude et résultats : il est difficile de tirer une conclusion scientifique sur la nocivité supposée de l’e-cigarette. Pourtant, certaines études sortent du lot et font avancer le débat de manière constructive. L’Institut Pasteur du CHU de Lille, dans une étude récente financée par l’Institut de Recherche en Santé Publique et par l’Institut National du Cancer (1), répond frontalement à la question : est-il dangereux de vapoter ?

L’e-cigarette et la santé : une étude très encourageante de l’Institut Pasteur

Ces résultats probants permettant de quantifier et de comparer la nocivité des cigarettes conventionnelles, du tabac chauffé et de l'e-cigarette. Si cette étude ne met pas fin au débat, elle a de quoi rassurer les consommateurs et encourager les autorités publiques françaises à soutenir le développement de l'e-cigarette.

Une étude pertinente sur la question controversée de la nocivité de l’e-cigarette

Début 2020, l’OMS a rendu un avis largement repris par les médias, dans lequel elle émettait, sans la réserve qui la caractérise en temps normal, l’idée que les cigarettes électroniques sont, sans aucun doute, dangereuses pour la santé, notamment du fait des substances toxiques auxquelles elles exposeraient les consommateurs et des complications pulmonaires qu’elles provoqueraient (2). L’image de l’e-cigarette s’en est retrouvée profondément écornée.

La présente étude intervient donc dans un contexte de controverse où, d’une part, de nombreuses études suggèrent le potentiel thérapeutique et la moindre nocivité de l’e-cigarette et, d’autre part, l’instance scientifique de référence de l’ONU décourage son utilisation.

Dès ses premières lignes, elle rappelle les funestes données disponibles sur la cigarette conventionnelle, en évoquant les 8 millions de morts par années qu’elle provoque et sa responsabilité dans 90% des cancers des poumons à travers le monde. Les auteurs tirent comme conséquence de cet état de fait qu’il est impératif de trouver des alternatives moins toxiques à la cigarette, de manière à endiguer cette mortalité extrême.

Ils présentent ensuite l’état de la science sur l’e-cigarette et le tabac chauffé, deux substituts prometteurs au tabagisme traditionnel, en insistant sur les résultats d’études antérieures suggérant l’intérêt thérapeutique de l’e-cigarette dans l’arrêt du tabac.

Finalement, la question qui se pose aux chercheurs est la suivante : qui, du tabac chauffé ou de l’e-cigarette, est l’alternative à la cigarette conventionnelle la moins toxique pour les poumons et dégageant le moins de substances nocives ? Pour répondre à cette question, ils ont construit un protocole à même de permettre de chiffrer et de comparer cette nocivité entre ces trois moyens d'administrer de la nicotine.

Un protocole rigoureux basé sur une consommation réaliste d’e-cigarette

Pour espérer obtenir des données utiles et concrètes sur la toxicité cellulaire et sur la production de carbonylés et d’hydrocarbures aromatiques par ces dispositifs, les chercheurs ont pris un soin tout particulier à trouver un protocole reflétant une consommation réaliste et comparable de ces produits.

Intéressons-nous, en particulier, à ces choix concernant l’e-cigarette. Les scientifiques du CHR de Lille ont utilisé deux types d’e-cigarettes. La première est une cigarette électronique peu puissante, réglée à 4.6 watts, dotée d’une résistance élevée (2.6 ohms). La seconde est une cigarette électronique dotée d’une résistance subohm de 0.5 ohm, réglée successivement à deux valeurs de puissance : 18 watts et 30 watts, soit les minimums et maximums adaptés à cette résistance.

Ces e-cigarettes ont été remplies d’un liquide au goût classique (comprendre : tabac) et dosées à 16 mg/ml en nicotine. Le e-liquide utilisé était à dominance PG (70/30). Pour que la comparaison avec l'HTP (le tabac chauffé) et la cigarette conventionnelle soit probante, les valeurs obtenues ont été rapportées au taux de nicotine délivré. En effet, une bouffée d’e-cigarette à 30 watts n’est pas équivalente à une bouffée à 18 watts, toute chose égale par ailleurs, et encore moins à une bouffée de cigarette.

Ce protocole a permis aux chercheurs de mesurer, d’une part, la concentration en substances nocives émise par chacun des dispositifs. D’autre part, il leur a permis de chiffrer les effets de la consommation sur la ligne de cellules respiratoires BEAS-2B, en mesurant la cytotoxicité, le stress oxydatif et la réponse inflammatoire provoqués. Pour chacun de ces « mécanismes clés menant à des troubles respiratoires chroniques », ils ont cherché à déterminer combien de bouffées il fallait prendre pour tuer 50% des cellules in vitro.

Des résultats indiquant une très faible toxicité de l’e-cigarette comparativement au tabac fumé ou chauffé

Les chercheurs ont dû être les premiers surpris par les chiffres obtenus, qui battent en brèche les conclusions de l’OMS !

Sur le premier volet, celui des substances nocives émises, l’étude a déterminé que le tabac chauffé émettait 85% moins de carbonylés que la cigarette conventionnelle, mais que l’e-cigarette en émettait 90% moins que le précédent. Le schéma se répète pour les hydrocarbures aromatiques : l’HTP en émet 96% de moins que la cigarette conventionnelle, mais l’e-cigarette, à son tour, en émet 65% de moins que l’HTP.

Un résumé scientifique produit par les services hospitalo-universitaires de l'Université de Lyon (3) propose d’exprimer ces résultats autrement, pour qu’ils parlent plus au grand public : les e-cigarettes testées produisent au moins 500 fois moins de carbonylés et presque 100 fois moins d’hydrocarbures aromatiques que la cigarette conventionnelle !

Sur le second volet, celui de la nocivité pour le système pulmonaire, l’étude a déterminé que la dose cellulaire létale 50 de toxicité cellulaire était de 2 bouffées pour la cigarette et de 45 pour l’HTP. Mais pour l’e-cigarette, elle n’est jamais parvenue à atteindre cette dose ! Pour le stress oxydatif, il a fallu pas moins de 120 bouffées d’e-cigarette, alors qu’il n’en a fallu que 12 pour l’HTP et une seule pour la cigarette conventionnelle.

Les résultats de cette étude confirment et même dépassent les résultats partiels obtenus par l’Institut Pasteur dans une étude antérieure (4), qui avait porté sur la seule toxicité cellulaire. Les chercheurs, qui avaient observé que l’e-cigarette n’avait induit aucune cytotoxicité après 288 minutes d’exposition, avaient conclu à « une toxicité plus faible du vapotage comparé à la fumée de cigarette ».

Les conséquences probables de cette étude pour l’avenir de l’e-cigarette

Les résultats de cette étude confirment la position majoritaire dans la communauté scientifique, selon laquelle il est infiniment préférable de vapoter que de fumer. De grands noms de la pneumologie l’ont déclaré sans réserve, à l’image de Gérard Dubois, qui a affirmé que comparer l’e-cigarette à la cigarette, c’est « comparer le pistolet à bouchon avec un canon de marine », ou de Bertrand Dautzenberg, qui qualifia la vape d’« infiniment moins nocive » pour la santé que le tabac. Surtout, des organismes de recherche l’ont déjà avancé, comme, par exemple, l’agence britannique de Santé publique, qui estima la nocivité de l’e-cigarette à seulement 5% de celle du tabac ! (5)

Bien que très encourageante, il est clair que cette étude ne met fin ni au débat scientifique, ni au débat public. Pour le premier, elle n’est qu’une pierre de plus à l’édifice scientifique qui devra, pour l’avancée de la science et la recherche d’un consensus scientifique sur la question, être critiquée et répliquée. Pour le second, de manière plus injustifiée, elle souffrira et souffre déjà de ce phénomène sociologique voulant que les informations sensationnalistes et négatives soient plus facilement relayées par les médias que les informations positives (d'autant plus qu'elle n'a donné lieu à aucun communiqué de presse).

Il est pourtant raisonnable de penser que cette étude, financée par des organismes publics et confiée à un institut réputé, puisse fortement peser sur l’évolution future du statut juridique de l’e-cigarette en France, au titre de sa moindre toxicité et de son intérêt thérapeutique comme alternative au tabagisme.

Sources

(1) https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0304389420314060?via%3Dihub#sec0115

(2) https://www.sciencesetavenir.fr/sante/pour-l-oms-aucun-doute-que-les-cigarettes-electroniques-sont-nocives_140749

(3) https://www.addictolyon.fr/post/la-vape-toxique-ou-non-%C3%A9l%C3%A9ments-de-r%C3%A9ponse-avec-une-publication-fran%C3%A7aise?postId=5f5b61526e809e0017e92e20

(4) https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0887233316302715

(5) https://sante.lefigaro.fr/article/incontestablement-nocive-la-surprenante-charge-de-l-oms-contre-la-cigarette-electronique/