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Faut-il interdire les arômes dans les e-liquides ?

Publié le : 24/11/2020
Catégories : Actualité générale

Selon une étude de décembre 2019, 63 % des utilisateurs considèrent que la présence d’arômes dans les e-liquides a été déterminante dans leur choix de commencer et de persister dans l’usage de leur e-cigarette (1). Faut-il y voir une raison de les interdire, ou au contraire, l’occasion de saluer leur capacité incroyable à sortir la population du tabagisme ? Faut-il interdire les arômes pour e-liquides ?

Arômes e-liquides pour e-cigarettes

À travers le monde, les États ont considéré cette possibilité, l’ont appliquée ou l’ont balayé d’un revers de main, sans qu’un consensus clair se dessine. Les arguments soulevés par les deux camps se répondent, et trahissent une conception idéologique disparate de l’e-cigarette, aux enjeux sanitaires immenses.

Les arômes pour e-cigarette : des législations variées et inconciliables à l’échelle mondiale

Sur le continent américain, les législations sont volontiers strictes envers l’e-cigarette et, lorsqu’elles ne la prohibent pas tout simplement, en conditionnent au moins l’usage des arômes. Le Brésil ou le Mexique interdisent totalement l’e-cigarette et tous les produits associés sur leur territoire, alors que les États-Unis interdisent uniquement les e-liquides aromatisés pour les pods, depuis une mesure d’application de janvier 2020, prise par le Department of Health and Human Services américain (HHS).

Cette demi-mesure a pour finalité de limiter les conséquences sanitaires d’une initiation des plus jeunes à la nicotine par les pods (JUUL en tête), sans pour autant perdre le bénéfice de l’e-cigarette pour la santé publique. En effet, la HHS et la Food & Drug Administration (FDA) ont décidé du maintien des arômes pour les systèmes « ouverts », types mods et clearomiseurs, et ce, pour ne pas décourager les adultes dépendants à la nicotine de revenir à la cigarette. Toutefois, cela pourrait changer avec l’élection de Joe Biden, anti-vape convaincu.

Plus proche de nous, les Pays-Bas ont pris la décision d’interdire dès le printemps 2021 les e-liquides parfumés, à la seule exception des arômes goût tabac. Comme aux États-Unis, l’idée maitresse est de mettre fin au pouvoir addictif du gout sucré des e-liquides pour les jeunes, au nom de la désormais très controversée théorie de la passerelle. C’est aussi le cas en République Tchèque, où l’e-cigarette est autorisée, mais tout arôme est prohibé, y compris cette fois l’arôme tabac. Vapoter ne doit pas, disent les autorités sanitaires de cet État, relever du plaisir !

En Europe de l’Ouest, la France, l’Allemagne, l’Espagne, le Portugal, l’Italie et, à plus forte raison encore, le Royaume-Uni, ne prévoient ni ne souhaitent adopter des mesures restrictives sur les arômes d’e-cigarette. Ces États ont choisi de règlementer plutôt la qualité de production des e-liquides et des arômes, par des normes contraignantes. Respectés dans leur liberté de choix et assuré de vaper des arômes de qualité, les vapoteurs sont moins enclins à reprendre la cigarette.

Des arguments sanitaires et idéologiques au soutien d’une interdiction des arômes dans les e-liquides…

Interdire les arômes pour e-liquide est un moyen efficace pour encourager l’arrêt de l’e-cigarette. Les contraintes normatives sur l’achat et l’utilisation des produits de l’e-cigarette sont en effet très efficaces pour pousser les consommateurs à changer leurs comportements. Lorsqu’il est interdit de vapoter en public, que les produits sont fortement taxés ou, à la plus forte raison, que les arômes dans les e-liquides sont prohibés, le nombre de vapoteurs chute drastiquement.

Outre l’effet de désincitation produit par une législation sévère, plusieurs études en addictologie ont en effet démontré que la nicotine renforce de manière indéniable l’attention aux stimulus associés, qu’ils soient visuels, olfactifs ou gustatifs (2). Dès lors, un e-liquide contenant à la fois de la nicotine et des arômes renforcerait l’effet addictif du produit, en ajoutant un plaisir psychologique indéniable à la consommation de nicotine.

In fine, la prohibition des arômes est de nature à limiter l’usage de l’e-cigarette chez les plus jeunes. Les arômes mentholés, gourmands et fruités ont sur ces derniers un immense potentiel d’attraction, à l’image des cigarettes mentholées ou chocolatées, qui ont fait – ou continuent, là où elles sont encore autorisées – à faire partie intégrante du quotidien de très nombreux collégiens à travers le monde. Le marketing ciblé de certains mastodontes de l’e-cigarette, en particulier lorsqu’il s’agit d’acteurs historiques majeurs du tabac, comme Philippe Morris, joue directement sur ce levier pour conquérir ces consommateurs fragiles et influençables.

… Qui ne résistent pas à l’analyse au regard de leurs conséquences délétères et contre-productives

Sur le plan sanitaire de la lutte contre le tabagisme, une telle mesure de prohibition des arômes pour e-liquide serait contre-productive. La principale critique que l’on peut porter à la prohibition des e-liquides, c’est qu’elle semble se tromper d’ennemi : décourager le vapotage, c’est prendre le risque qu’une part importante de la communauté des usagers d’e-cigarettes, ex-fumeurs ayant réussi à cesser la cigarette grâce à la cigarette électronique, replonge de plus belle dans une addiction meurtrière à la tueuse.

À cet égard, interdire les arômes dans les e-liquides est une démarche plutôt incohérente. La nicotine, fumée, vapotée ou inhalée par un dispositif médical, est sans conteste l’élément de la consommation qui a l’effet addictif le plus important. Dès lors, pour décourager l’usage de l’e-cigarette, il serait bien plus efficace de cibler la nicotine. Mais cela mettrait à nue la réalité, selon laquelle décourager l’e-cigarette, c’est pousser les utilisateurs à revenir au tabac… ou à d’autres addictions au moins aussi dangereuses. Autoriser le rhum arrangé à 50°, tout en interdisant l’e-liquide au parfum rhum arrangé, composé uniquement d’arômes et de substances alimentaires, est un non-sens absolu.

Il en est de même pour l’objectif de protection de la jeunesse. Comme l’a démontré une récente étude française (3)la théorie de la passerelle ne serait que poudre aux yeux. Si vapoter ne donne pas aux jeunes une chance accrue de devenir consommateurs de tabac, la finalité principale avancée pour justifier cette mesure de prohibition là où elle existe tombe.

Enfin, les effets secondaires d’une telle prohibition sont potentiellement désastreux. Elle impliquerait en effet le développement d’un marché noir des arômes pour e-cigarette. Produire soi-même, ou acheter des e-liquides aromatisés clandestins, c’est prendre un risque sanitaire infiniment supérieur à une commercialisation contrôlée. L’épidémie de morts aux États-Unis, du fait d’e-liquides frelatés, est là pour en témoigner.

Conclusion

Sur le seul territoire français, entre 2010 et 2017, ce ne sont pas moins de 700 000 fumeurs qui sont parvenus à arrêter ou à diminuer substantiellement leur consommation de tabac grâce à l’e-cigarette (4). Le succès de ce moyen de sevrage tabagique est à imputer en grande partie aux arômes contenus dans les e-liquides. Enlever l’arôme, c’est enlever à la cigarette électronique sa capacité miraculeuse à sauver la vie de ceux qui pensaient fumer jusqu’à leur dernier souffle.

Sources

(1) “The role of flavors in vaping initiation and satisfaction among U.S. adults”, Addictive Behaviors, Volume 99, December 2019, 106077 https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0306460318311821?via%3Dihub

(2) Cue reactivity in nicotine and tobacco dependence: a "multiple-action" model of nicotine as a primary reinforcement and as an enhancer of the effects of smoking-associated stimuli. C Chiamulera. Brain Research Reviews, In Press (2004).

(3) "Does e-cigarette experimentation increase the transition to daily smoking among young ever-smokers in France?"", Drug and Alcohol Dependence, Volume 208, 1 March 2020. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0376871620300181?fbclid=IwAR2iIQx_ZKenOO9KB39OMchLpW4ImsRcHk-wwlCqEec6gxXj-zelcH3AKck

(4) https://sante.lefigaro.fr/article/en-sept-ans-700-000-fumeurs-ont-decroche-grace-a-la-cigarette-electronique/

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