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Explosions de batteries: un risque mesuré sous le feu de l’actualité

Publié le : 16/07/2020
Catégories : Actualité générale

Comme tout dispositif produisant de la chaleur par réactions chimiques, les accus et batteries de nos cigarettes électroniques sont de potentielles sources de danger. Les concrétisations de ce risque ont régulièrement fait, à travers le monde, les titres des faits-divers des médias généralistes.

Rares, mais spectaculaires, ces évènements – parfois très graves – sont parfois rappelés par les détracteurs de la cigarette électronique. Ils deviennent alors des arguments puissants pour convaincre de la dangerosité de l'e-cigarette, alors même que, d’un point de vue statistique, les explosions de batteries ne constituent pas, en France, une menace pour la sécurité publique.

Sans chercher à minimiser les conséquences des explosions inopinées des batteries d’e-cigarette, il est important de faire œuvre de pédagogie en rapportant ces évènements à leur fréquence, à leur gravité et à leur non-spécificité. De très nombreux objets de notre quotidien sont pourvus, comme la cigarette électronique, de batteries Lithium-ion. Ils sont, eux aussi, susceptibles de surchauffer, de prendre feu ou d’exploser.

Devez-vous avoir peur de la batterie de votre cigarette électronique ? Cet article, qui a vocation à creuser la réalité objective et technique derrière l’émoi que suscitent ces cas extrêmes, vous permettra, en connaissance de cause, de vous forger votre propre opinion.

La gravité et la prévalence des incidents impliquant une batterie de cigarette électronique

Les médias ont largement relaté les explosions de batteries de cigarette électronique. Souvent impressionnantes, elles ont, dans le monde, fait deux morts et des centaines de blessés sur une dizaine d’années. Pour autant, il ne faut pas céder à la panique : le risque statistique de voir sa cigarette électronique exploser reste très faible.

Des cas médiatiques témoignant de la gravité des incidents

Le 7 juillet 2020, une cigarette électronique a provoqué l’incendie d’un appartement à Guebwiller, dans le Haut-Rhin. Quinze résidents de l’immeuble ont pu être évacués par les pompiers, mais le chien du propriétaire n’a pas eu cette chance (1).

En 2020, comme lors de chaque année qui a précédé, les Français eurent vent de faits-divers comparables. À la Bouaye, dans la Loire-Atlantique, un incendie s’est déclenché du fait d’une cigarette électronique ayant surchauffé sur un matelas. À Saint-Désir, dans le Calvados, un jeune homme eut la mauvaise surprise de sentir sa e-cigarette exploser dans sa poche, lui provoquant de graves brulures (1).

Aux États unis, le constat est bien plus grave avec plusieurs milliers de cas et, de manière encore plus inquiétante, deux morts à déplorer. Le 5 mai 2018, un Américain de 38 décédait à son domicile de Saint Petersburg, en Floride, suite à l’incendie provoqué par sa e-cigarette. Moins d’un an plus tard, le 29 janvier 2019, un jeune homme de 24 ans est mort dans sa voiture, à Fort Worth, au Texas, après que l’explosion de sa vapoteuse eut perforé une artère de son cou.

Les dommages que peuvent produire l’explosion ou le départ de feu d’une batterie de cigarette électronique ont été documentés par des médecins américains, dans une étude publiée dans le New England Journal Of Medecine. Parmi leurs patients blessés par une vapoteuse, 80% ont subi des brulures classiques (jusqu’à conduire parfois à des greffes de peau), 33% des brulures chimiques et 27% des blessures liées à une explosion (2).

Un danger statistiquement surestimé

Le tableau dépeint par les explosions de cigarettes électroniques à un grand potentiel anxiogène, de par la gravité et la variété des blessures produites. Pourtant, regarder avec effroi sa cigarette électronique et être prêt à y renoncer sur cette seule base serait tout bonnement irrationnel !

Loupe grossissante et déformante posée sur la réalité du phénomène, la présentation médiatique de ce phénomène (fait dramatique, mise en relation avec des cas similaires et appel à la prudence) parle seulement aux affects. Ces cas sont l’arbre qui cache la forêt, ou, plus précisément, les faits-divers qui cachent la grande fiabilité générale des batteries.

Cela a été remarqué, notamment, par la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) qui évoquait, dans un article publié sur le site du ministère de l’Économie, des explosions « rares par rapport au nombre de produits en circulation ». (3)

Pour bien comprendre le biais cognitif en jeu, voici les résultats d’une étude statistique réalisée par Our World in Data. Elle dépeint le fossé entre la représentation médiatique et la réalité statistique des causes de mort aux États-Unis. Ce phénomène de surreprésentation est flagrant pour l’avion : les crashs d’avions font penser à une partie de la population qu’il vaut mieux prendre sa voiture, alors que statistiquement, l’avion est de très loin le mode de transport le plus sûr au kilomètre.

Le même phénomène touche déjà le débat autour de la nocivité de l’e-cigarette : bien que le tabac tue environ un million de personnes par an, de nombreux fumeurs, en lisant le rapport de l’OMS ou en allumant la télévision, parviennent à se convaincre qu’il ne serait pas bénéfique à leur santé de passer à l’e-cigarette.

Finalement, les quelques morts attribués à l’usage de l’e-cigarette, qu’il s’agisse d’explosions de batteries ou de l’utilisation d’e-liquides frelatés, ont eu un impact disproportionné par rapport à leur prévalence statistique et, indirectement, ce biais est de nature à causer plus de morts, en dissuadant la transition vers ce substitut tabagique efficace.

Comprendre les causes des explosions de batteries pour limiter les risques

Les batteries Lithium-ion utilisées dans les cigarettes électroniques n’ont rien de très spécifique : du téléphone portable à la voiture télécommandé, elles font partie de notre quotidien. Elles ne représentent pas un danger majeur, pour peu que l’on respecte certaines règles de sécurité élémentaires.

Des causes identiques aux autres dispositifs fonctionnant par batteries

Ce ne sont pas les cigarettes électroniques qui explosent, mais leurs batteries lithium-ion. En 2016, une série d’incidents comparables avait été causée par les batteries défectueuses des Galaxy Note 7. Plus largement, tout appareil électrique peut générer des incendies. Comme le rappelle utilement Christopher Russel, il n’existe « pas de dispositif électrique (grille-pain, iPhone, sèche-cheveux...) qui puisse être utilisé un milliard de fois sans qu'un accident ne survienne quelque part » (4).

Quel que soit l’appareil comportant une batterie, le danger provient toujours de la même chose : la surchauffe. Une batterie a deux pôles. Si ces deux pôles sont mis en contact, par exemple par une clé en métal, la batterie est en court-circuit. S’ensuit un échauffement rapide et incontrôlé qui, s’il n’est pas arrêté à temps, peut produire un départ de flamme et, dans certains cas extrêmes, une explosion.

L’acharnement spécifique envers les explosions de cigarettes électroniques est donc, en grande partie, injustifié. Il faut en effet apporter une nuance. Comme semble l’indiquer un article publié en juin 2019 dans la revue médicale Burns, le clearomiseur de la cigarette électronique, de par sa vocation à vaporiser du e-liquide, atteint en son sein des températures comprises entre 100 et 250 °C. Cela représenterait un facteur de risque supplémentaire. (5).

Les solutions et les recommandations pour éviter les surchauffes

L’explosion des batteries de cigarettes électroniques n’a rien d’une fatalité. Le risque peut être réduit à peau de chagrin en observant des précautions, tant au niveau collectif qu’au niveau individuel.

Collectivement, la réglementation des produits de l’e-cigarette a le pouvoir de limiter fortement le risque de départ de feu ou d’explosion des batteries.

Aux États-Unis, entre 2015 et 2017, plus de 2000 explosions ont été recensées, soit environ 40 fois plus qu’entre 2009 et 2015 (du fait d’un nombre d’usagers accrus) (6). En France et plus largement en Europe, les chiffres n’ont rien de comparable. Entre 2016 et mi-2017, soit sur une période assez similaire, seulement 8 cas ont été recensés.

Cette différence est en grande partie due à une réglementation beaucoup plus stricte. Depuis avril 2015, les normes Afnor encadrent soigneusement l’ensemble du matériel de vapotage vendu dans l’Hexagone (3). C’est ainsi à raison que les auteurs de l’article publié dans la revue de médecine anglaise précitée évoquent « un problème de sécurité publique » aux États-Unis, « appelant à une plus grande régulation et à des changements techniques pour en améliorer la sécurité » (2).

À l’échelle individuelle, il est important de respecter un certain nombre de précautions dans le choix et l’usage des batteries. En effet, il est couramment admis qu’en France, la cause première des accidents résiderait en effet dans le mésusage des batteries, bien avant leur défectuosité (7).

En suivant les recommandations suivantes, que répertorie notamment la DGCCRF (3) ou l’Aiduce (7), il est possible de diminuer drastiquement risque :

  • - Transporter les batteries dans des étuis de protection, de nature à éviter tout contact avec des matériaux conducteurs (objets métalliques ou fluides) ;
  • - Éviter d’exposer le matériel à des sources de chaleur ;
  • - Se refuser à en faire usage si elles sont endommagées ;
  • - Ne jamais essayer de modifier soi-même les batteries (notamment pour gagner en puissance) ;
  • - Éviter de laisser sa batterie ou ses accus de cigarette électronique charger sans surveillance, pour une durée prolongée (notamment, toute la nuit) ;
  • - Utiliser un chargeur adapté, en respectant la polarité et la puissance de la batterie ;
  • - Ne pas employer des dispositifs contrefaits ou de mauvaise qualité.

Pour conclure, il est bon d’avoir une confiance relative dans les batteries et les accus, si cela incite la prudence lors de leur achat et de leur utilisation. Au contraire, développer une peur irrationnelle de voir sa batterie exploser, c’est prendre le risque, en plus de ternir son expérience de vapotage, de se détourner d’un produit peu dangereux pour retourner vers un autre, qui tue un usager sur deux.

Sources

(1) https://www.ouest-france.fr/grand-est/guebwiller-68500/haut-rhin-une-batterie-de-cigarette-electronique-aurait-provoque-l-incendie-un-chien-retrouve-mort-6897749

(2) https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMc1608478

(3) https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/batteries-cigarettes-danger-dans-votre-poche

(4) https://www.sciencesetavenir.fr/sante/e-sante/cigarette-electronique-se-premunir-des-explosions-de-batterie_134702

(5) https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0305417918302791

(6) https://tobaccocontrol.bmj.com/content/28/4/472

(7) https://www.aiduce.org/itele-blesse-explosion-cigarette-electronique/

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