Une etude japonaise depasse la vitesse de la lumiere!

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Vous souvenez-vous de cette déclaration faites par les physiciens de l’expérience OPERA en 2011 qui avait fait beaucoup jazzer sur la toile et chez tous les médias ?

Une etude japonaise depasse la vitesse de la lumiere!

Lors d’une expérience de physique fondamentale, des chercheurs avaient envoyé des neutrinos (particules élémentaires du modèle standard de la physique des particules, fermion de spin ½ pour les experts) depuis le CERN (laboratoire européen pour la physique des particules) vers un détecteur installé sous la montagne de Gran Sasso en Italie, à 730 km de distance environ.  Ils avaient calculé le temps nécessaire aux neutrinos pour parcourir cette distance et étaient arrivés à la conclusion que leur vitesse dépassait la vitesse de la lumière.

Or depuis 1905, suite aux travaux d’Albert Einstein et sa théorie de la relativité restreinte, la vitesse de la lumière est considérée comme une vitesse limite indépassable. Du coup nous comprenons pourquoi cette histoire a fait du bruit et que les médias se sont empressés de la relayer, une expérience révolutionnant complétement notre idée sur la dernière théorie de l’univers datant de plus d’un siècle et qui semblait tenir bon jusqu’à aujourd’hui.

Seulement voilà, Einstein s’est retourné dans sa tombe pour rien, toute cette histoire a fait un gros flop car il s’est avéré que les conclusions de l’expérience étaient fausses, que les neutrinos ne sont pas allés plus vite que la lumière. Les conclusions provenaient… d’une simple erreur de calcul, d’un défaut dans le protocole, d’un problème technique…

Donc ne vous inquiétez pas, le soleil se lèvera toujours demain, les lois fondamentales de la physique sont préservées et Einstein sera encore considéré comme quelqu’un de plutôt malin.

Alors vous allez surement me dire (et vous auriez tout à fait raison) : Ok, mais quel est le rapport?

Détrompez-vous, il y a bien un rapport !

Cette actualité de 2011 montre que la  conclusion d’une expérience scientifique relayée beaucoup trop rapidement par les médias peut ne pas toujours être correcte et que les résultats d’une étude doivent d’abord être confrontés au monde scientifique compétent avant d’être placardés sur la place publique. Les médias n’ayant pas la puissance théorique et le parcours académique pour juger du bon fondement d’une telle expérience, ils ne pouvaient pas vraiment savoir si cette information était cohérente ou non. Les chercheurs ayant mené cette expérience sont un peu fautifs de l’avoir diffusée si vite mais ils expliquaient clairement qu’ils pouvaient se tromper et qu’il fallait prendre l’information « avec des pincettes », rien à voir avec les titres de l’époque expliquant par l’affirmative qu’Einstein n’était plus ce qu’il était.

Et bien que ce ne soit pas exactement à la même échelle, je vous l’accorde, c’est un peu ce qu’il se passe en ce moment avec la fameuse étude Japonaise expliquant selon les médias que « La cigarette électronique serait plus cancérigène que la cigarette ».

Tout comme l’était l’info sur la vitesse de la lumière perdant sa médaille d’or sur le 100 mètres, cette soit disant conclusion Japonaise est relayée partout, en permanence depuis Jeudi dernier, les médias raffolant de ce genre d’histoire avec leur titres « bankable ».

Seulement voilà, quand on lit l’étude que vous trouverez ici, http://www.mdpi.com/1660-4601/11/11/11192/htm,  ce n’est pas tout à fait ça…

Voici « Grosso merdo » le déroulement de l’étude: des chercheurs Japonais ont testé 13 modèles de cigarettes électroniques sur des machines et ont récupéré le taux de formaldéhyde présent dans la vapeur émise par les dites cigarettes,  le formaldéhyde étant une substance considérée comme cancérigène.

Pour 12 cas sur 13, le taux retrouvé est 50 fois inférieur à celui d’une cigarette traditionnelle mais dans un cas particulier, ils ont trouvé un taux supérieur de 10 fois.

Les chercheurs n’expliquent que très peu leur protocole, les modèles de cigarettes électroniques utilisées, dans quelles conditions, sur quelles machines, avec ou sans e liquide, dans des conditions « normales » ou non d’utilisation et ils restent très prudents sur cette information qu’ils n’ont pas pu vérifier. Ils expliquent de plus que les taux varient énormément selon le protocole et les échantillons utilisés et que parfois même les taux variaient avec un même échantillon.

Dans ces conditions de « pré étude » qu’un scientifique pourrait trouver « légère », ils disent tout de même que pour 12 cas sur 13, soit 92 % des résultats (ce qui n’est tout de même pas rien) le taux de formaldéhyde est environ 50 fois moins présent que dans une cigarette classique et que pour un unique échantillon il serait plus important.

Et ils concluent en expliquant qu’il faut pousser la recherche pour voir d’où provient ce taux élevé de cet unique échantillon et qu’il faut faire un peu attention avec la cigarette électronique.

Ce qui est énorme dans cette histoire, c’est la différence de jugement que doit avoir quelqu’un de « normal » suite à la lecture de cette étude et ce qui ressort chez les médias sensés nous informer.

Voici les quelques réflexions que l’on devrait se dire « normalement » suite à cette étude :

1)      Cette étude ne semble pas très poussée, il faudrait connaitre le protocole pour se faire une idée et si tous les résultats sont trop fluctuants, peut-être qu’ils ne sont pas probants. D’ailleurs si les chercheurs eux-mêmes disent qu’il faut la prendre avec des pincettes, autant la prendre avec des pincettes.

2)      13 échantillons cela me parait un peu léger comme « panel » et cela devrait faire sourire pas mal les instituts de sondages. (imaginez un sondage sur une élection présidentielle basée sur 13 personnes… facturée 150 000 euros par Bygmalion…)

3)      92% des résultats disent que la cigarette électronique est bien moins nocive que la cigarette. Ok ce n’est pas le score de le Pen au FN mais tout de même 92% ce n’est pas rien et on pourrait conclure que c’est plutôt bon pour la cigarette électronique, non ?

4)      Attention il semble qu’il puisse y avoir des soucis avec un certain modèle et il faudrait pousser la recherche pour voir pourquoi.

Mais seulement voilà, ce qui sort dans les médias est exactement l’inverse : « La cigarette électronique est plus cancérigène que la cigarette classique ».

Au lieu de parler des 92% de cas positifs, de la mise en garde sur les conclusions de cette étude, ou même des 500 autres études prouvant le contraire,  ils se basent sur cet unique échantillon.

Un peu comme si les médias racontaient n’importe quoi en fait… comme si…

Il semble raisonnable de penser que cet unique cas provient d’une erreur de protocole (comme l’utilisation d’une cigarette sans e liquide, un peu comme faire tourner une voiture sans huile) ou de l’utilisation d’un produit défectueux ou même bas de gamme, et il est évident qu’il faut approfondir cette étude et savoir d’où vient le problème. Il est aussi évident qu’il faut mettre en place un système de qualité sur la cigarette électronique pour éviter ce genre de souci.

Mais pourquoi scander haut et fort que la cigarette électronique est si terrible alors que d’une part ce n’est pas du tout ce que dit cette étude et qu’en plus elle n’est pas du tout vérifiée ?

Bref c’est du grand n’importe quoi et tout comme Einstein n’était au final pas si idiot, Hon lik, inventeur de la cigarette électronique, peut dormir tranquille, son produit n’est pas si mortel qu’on le dit…

L’actualité sur la vitesse de la lumière était peut-être plus fondamentale, mais au final cela n’a pas vraiment révolutionné notre façon de vivre, seul quelques experts ou grands maniaques se sont réveillés la boule au ventre après cette information. Mais cette actualité sur la cigarette électronique, bien que moins fondamentale, à beaucoup plus d’impact sur notre vie quotidienne (tout du moins sur une petite période) et elle nous touche directement. 

La diffusion de cette « désinformation » a de graves conséquences sur la santé publique, encore une fois… et c’est encore une fois bien dommage. De nombreux vapoteurs, vapotant de la vapeur (jolie allitération !) contenant « 50 fois moins de formaldéhyde que la cigarette » vont se remettre à la cigarette car elle serait moins cancérigène…

En écrivant cette phrase je bouillonne un peu, c’est quand même dingue que les médias lâchent une info pareille : ce produit serait plus cancérigène que la cigarette ! PLUS CANCERIGENE QUE LA CIGARETTE ! Je rappelle que la cigarette n’a pas vraiment à pâlir de sa « puissance cancérigène », elle se trouve souvent et depuis longtemps sur le podium dans cette catégorie…

La cigarette électronique a certainement de nombreux défauts mais elle n’est bien évidement pas plus cancérigène que la cigarette, c’est stupide… Faut réfléchir un peu à vos titres les gars…

On va bientôt lire dans les média :

"Les panneaux solaires sont plus radioactifs qu’une centrale nucléaire."

"Les courgettes font plus grossir que les fraises tagada."

Voilà… 

Il faudrait vraiment que les médias fassent attention, ils ont un véritable pouvoir et ce serait pas mal de ne pas publier n’importe quoi… cela a des conséquences… Mais vu que je n’ai pas l’impression que nous allons dans le bon sens, il faudrait aussi que nous réfléchissions par nous-même, que l’on fasse attention à ce que l’on entend, que l’on ait un regard critique sur l’information…

Au final, peut être que la seule chose qui va plus vite que la lumière serait la diffusion de fausses informations par les médias… mais bon cela reste encore à être prouvé !

Bonne iClope à tous.

Et au passage j’en profite pour faire un deuxième coup de gueule pour les gens qui disent cette phrase insupportable, la palme d’or des phrases insupportables pour un vapoteur : « Ce n’est pas bon la cigarette électronique par ce qu’on ne sait pas ce qu’il y a dedans, c’est chimique ».

C’est chimique… c’est chimique… sérieux… l’eau c’est chimique, l’air, le pain, un enfant c’est chimique … donc arrêtez de dire ça, la chimie c’est bien, tout est chimique, la chimie c’est la vie !

Mais bon, encore une fois, je m’égare…