Pourquoi la cigarette electronique ne doit pas etre consideree comme un medicament ?

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Avant de commencer, il faut tout d’abord remettre les choses dans leur contexte et faire un petit point sur la cigarette, le marché, les acteurs du marché et la cigarette électronique.

Quelques chiffres d’abord sur la cigarette traditionnelle et le tabac.Pourquoi la cigarette electronique ne doit pas etre consideree comme un medicament ?

- Il existe plus de 4 000 produits nocifs dans la cigarette dont 50 substances provoquant le cancer

- 200 personnes meurent chaque jour en France à cause du tabagisme

- Le tabagisme est responsable de 9 cas sur 10 dans les cancers du poumon

- 1 fumeur sur 2 va mourir de la cigarette

- 5 million de morts dans le monde à cause de la cigarette chaque année

- La cigarette est surnommée par de nombreux fumeurs « la tueuse »…

La cigarette est donc un produit très nocif et tout le monde le sait, c’est un fait que personne ne contredira.

Malgré cela, la cigarette est vendue presque librement en France dans les bureaux de tabac. On en retrouve à tous les coins de rue. Nous sommes plutôt pour le fait de trouver facilement des cigarettes car c’est extrêmement dur d’arrêter de fumer et la liberté de choisir de fumer ou pas, d’arrêter ou pas, est importante.

Dans le même contexte, outre le côté santé, il faut parler du côté économique, le marché de la cigarette étant absolument énorme :

- 50 milliards de cigarettes sont vendues en France chaque année

- Le chiffre d’affaire annuel de vente de cigarettes est de 15,5 milliards d’euros

- 80 % du prix d’un paquet de cigarette provient des taxes de l’état Français

- Le marché des substituts nicotiniques (patch, gommes…) est en pleine explosion

- 2 fumeurs sur 3 souhaitent arrêter de fumer

Nous sommes donc face un produit extrêmement nocif, très addictif, que l’on souhaite souvent arrêter mais qui rapporte énormément. Un contexte tout à fait particulier avec de nombreux intérêts et de nombreuses problématiques autant sociales qu’économiques.

De l’autre côté, nous avons un produit plutôt récent, sorti il y a une dizaine d’années, la cigarette électronique.

La cigarette électronique est un produit destiné à simuler l’acte de fumer du tabac. Vous conservez le geste et les sensations de la cigarette, cela produit de la vapeur, il y a de la nicotine selon votre choix, une diode peut s’allumer au bout imitant la combustion…C’est clairement un produit destiné à remplacer la cigarette auprès des fumeurs.

Il faut donc bien comprendre que la cigarette électronique s’adresse aux fumeurs et aux fumeurs uniquement, c’est une méthode pour arrêter de fumer ou pour fumer autrement, pour « vapoter ».

Il faut donc comparer ce qui est comparable et comparer la cigarette électronique avec la cigarette traditionnelle si l’on parle d’effet sur la santé, de mise en vente ou de médicament.

Sur la cigarette électronique nous avons moins d’informations que sur le tabac mais nous en avons quand même un bon paquet. Toutes les études s’accordent sur un fait : « La cigarette électronique est 1 000 fois moins nocive que la cigarette traditionnelle. »

Certains disent qu’il n’y a presque aucun effet sur la santé, d’autres sont un peu plus méfiants mais aujourd’hui aucun problème n’a été rencontré en utilisant la cigarette électronique après plus de 10 ans.

Il n’y a pas de combustion contrairement à la cigarette et tous les effets bénéfiques de l’arrêt du tabac se font ressentir quand on utilise une cigarette électronique. Mais dans tous les cas : « La cigarette électronique est 1 000 fois moins nocive que la cigarette traditionnelle » et tous les spécialistes recommandent son utilisation pour arrêter de fumer.

La cigarette électronique est donc meilleure pour la santé. Mais c’est surtout la première méthode vraiment efficace pour arrêter de fumer : 70 % des utilisateurs de cigarettes électroniques ont énormément diminué la cigarette ou arrêté complètement grâce à l’utilisation de cigarette électronique.

Avec l’immense quantité d’arômes disponibles, le choix du modèle et du taux de nicotine, la cigarette électronique convainc de nouveaux utilisateurs tous les jours et chacun trouve sa façon pour arrêter de fumer.

Au final nous avons donc d’un côté un produit très nocif avéré extrêmement dangereux pour la santé presque en vente libre en France et de l’autre côté un produit destiné à le remplacer et en bonne voie d’y parvenir, 1 000 fois moins nocifs et en attente de jugement quant à sa condition.

Vu comme ça, la cigarette électronique semble révolutionnaire, être le produit miracle pour arrêter de fumer que tout le monde attendait.

C’est sûrement le cas mais cela ne plait pas forcément à tout le monde.

Il existe 3 acteurs majeurs qui ont tout à perdre par la libre commercialisation de la cigarette électronique :

Tout d’abord, bien évidemment, les fabricants de cigarettes :

Ils n’ont rien vu venir et ne sont pas très contents... La cigarette électronique plait énormément et, avec aujourd’hui plus de 1,5 millions d’utilisateurs en France, nous assistons pour la première fois depuis 10 ans à une baisse de l’activité de vente de cigarettes de 5% en 2012. Sans prendre beaucoup de risques nous pouvons impacter cette baisse directement à la cigarette électronique qui de son côté à vue son activité croitre exponentiellement. 5 % c’est énorme et surtout c’est inédit.

Les marchands de cigarettes ont alors 2 choix : Soit détruire la cigarette électronique en faisant pression pour son interdiction ou la mise en place de normes drastiques, soit se lancer dans la cigarette électronique… Visiblement ils ont l’air de mener les 2 fronts en même temps car nous avons à la fois de la désinformation des cigarettiers et l’annonce de la mise sur le marché de nouveaux modèles de cigarettes électroniques comme avec la marque Marlboro.

Ce premier acteur est très puissant et connait par cœur le monde du lobbying fort de son expérience.

Le deuxième acteur important est l’industrie pharmaceutique :

Ils n’ont rien vu venir et ne sont pas très contents... Si l’on connait le marché de la cigarette, que l’on sait que la cigarette est très mauvaise et que l’on connait son côté addictif alors on comprend facilement qu’il est très difficile d’arrêter de fumer et que le marché des produits permettant d’arrêter est de la même envergure que le marché de la cigarette. Jusqu’à la cigarette électronique, les produits de substitutions étaient fabriqués par l’industrie pharmaceutique et vendus uniquement en pharmacie. En parallèle de la baisse de l’activité de vente de cigarettes, on constate également une énorme baisse des produits liés à l’arrêt du tabac comme les patchs ou gommes à mâcher. La cigarette électronique est un produit bien plus ludique et bien plus performant pour arrêter de fumer et bien évidement un concurrent très sérieux des substituts aux tabacs créés par l’industrie pharmaceutique.

Là aussi, cette industrie à 2 choix : Soit discréditer la cigarette électronique en expliquant qu’elle est nocive pour la santé, soit récupérer l’exclusivité sur sa vente.

Et enfin comme dernier acteur nous avons l’Etat :

80 % du prix d’un paquet de cigarettes revient à l’état sous forme de taxes et la cigarette électronique n’est pas taxée… Il va bien falloir récupérer cet argent quelque part mais c’est impossible aujourd’hui car la cigarette électronique ne rentre dans aucune catégorie et n’est pour l’instant pas taxable...

Il faut donc bien comprendre que le marché est gigantesque (c’est d’ailleurs pour cela qu’énormément de monde se lance aujourd’hui dans la cigarette électronique) et que forcément cela ne plait pas à tout le monde.

Nous sommes donc face à 3 acteurs majeurs qui veulent chacun la peau de la cigarette électronique ou en récupérer l’exclusivité…

Dans ce contexte nous pouvons alors comprendre que le débat de la cigarette électronique n’est pas du tout anodin et que de nombreux groupes font pression et nous sommes plutôt inquiets sur les raisons de ce choix de directive.

Alors pourquoi la cigarette électronique ne doit pas être considérée comme un médicament?

Tout d’abord, pourquoi la cigarette électronique fonctionne-t-elle comme substitut à la cigarette ?

Il y a 2 raisons :

Le geste : contrairement aux autres produits pour arrêter de fumer, la cigarette électronique fonctionne puisque que nous gardons le geste et les sensations de la cigarette. Il faut mettre la iClope dans la bouche, tirer dessus, cela produit de la vapeur, nous ressentons un « hit » lors du passage de la vapeur dans la gorge…

C’est le même geste et les mêmes sensations que peut procurer une véritable cigarette.

Le choix : Il existe d’innombrables parfums et arômes à utiliser avec la cigarette électronique et chacun peut modifier à sa convenance, changer quand il le souhaite, tester de nouveaux arômes… Et au final la majorité des utilisateurs trouvent que les arômes sont bien meilleurs que celui de la cigarette.

Outre les arômes il y a également d’innombrables choix dans le matériel, dans les batteries, les cartouches… Le marché est en plein développement et il y a tous les jours des nouveautés, l’utilisateur se fait donc un plaisir de tester tous les jours de nouveaux produits.

Il n’y a pas une unique cigarette électronique ou une meilleure cigarette électronique mais chaque utilisateur peut choisir la sienne et c’est ca qui est formidable pour arrêter de fumer.

Le problème concernant la définition comme un médicament provient du choix.

En France, si un produit est considéré comme médicament, il sera soumis à de nombreuses contraintes.

Tout d’abord l’autorisation de mise sur le marché ou AMM:

Chaque médicament doit voir une AMM pour pouvoir être mis en vente et l’AMM concerne tous les dérivés du produit principal. Cela veut dire que chaque arôme, chaque taux de nicotine, chaque flacon devra recevoir une AMM.

Et le problème c’est que l’AMM coûte très cher. Au final nous n’aurons donc que très peu de produits disponibles, très peu de choix. Sûrement 2 parfums et 2 modèles de cigarettes.

Autre problème avec l'AMM, outre le prix, une AMM est très très longue à obtenir: Il faut environ 2 ans pour l'avoir alors que nous sommes sur un marché en pleine évolution avec de nouveaux produits tous les 3 mois.

Nous serons alors dans une situation ridicule! La fiabilité des cigarettes électroniques évolue constamment et les produits vendus en pharmacie seront donc complètement dépassés et de bien moins bonne qualité que les produits existants!

Puis l’obligation de la vente en pharmacie :

En France, un médicament n’est disponible qu’en pharmacie ce qui posera de nombreux problèmes.

- Moins de disponibilités car contrairement aux bureaux de tabac, les pharmacies sont moins présentes et aux horaires moins souples. Plus de vente dans les boutiques ou sur Internet donc produit plus difficile à trouver.

- Moins de choix car, outre le problème de l’AMM, les pharmaciens qui n’ont que très peu de connaissances en cigarette électronique vont fonctionner certainement avec un unique modèle - Moins de conseils, de SAV…

Toujours à cause du manque de connaissance et du manque de disponibilité, le pharmacien ne prendra pas le temps de tout expliquer et la cigarette électronique reste un produit complexe et il faut du temps et des conseils pour faire le bon choix.

Et enfin un fumeur n’est pas un malade, ce n’est pas une maladie de fumer… Ce serait très désagréable de devoir acheter sa « dose » de liquide dans une pharmacie alors que la majorité des gens préfèrent des boutiques conviviales avec une véritable expertise et surtout du choix.

Aujourd’hui vous pouvez essayer les cigarettes électroniques dans les boutiques pour choisir votre modèle et votre parfum, vous pouvez comparer les prix sur Internet, faire de nombreux essais…

Tout cela sera abrogé en là considérant comme un médicament.

Comme l’AIDUCE, association des utilisateurs, ou le professeur Bertrand Dautzenberg, qui a fait un rapport au gouvernement, nous pensons donc que la cigarette électronique ne doit pas être considérée comme un médicament et doit être toujours disponible.

Nous pensons que l’effet sera le retour de nombreux fumeurs à la cigarette traditionnelle et que cela sauvera moins de vie.

Il faut par contre peut être un peu mieux encadré le marché: Un problème peut provenir de la fabrication des liquides utilisés, aujourd’hui, sans réglementation, on peut trouver des produits sans étiquetage, sans savoir vraiment ce qu’il y a dedans ou ne donnant pas les bonnes informations. Mais nous avons déjà en France et ailleurs de nombreux fabricants très sérieux et très précautionneux de ce qu’ils produisent avec des produits de qualités contrôlés.

Nous sommes donc comme l’AIDUCE (communiqué AIDUCE) « D’accord pour normer et encadrer le marché de l’e-cigarette dans le souci d’apporter avant tout qualité et transparence aux citoyens européens vapoteurs, sans chercher à inciter les adolescents et les non-fumeurs. Pas d’accord pour donner un statut pharmaceutique exclusif à l’e-cigarette. Il faut laisser l’e-cigarette facilement accessible aux fumeurs dans tous les pays européens ; plus le produit est accessible aux fumeurs, plus ils seront nombreux à quitter le tabac. »

Pour finir il faut également parler des professionnels de la cigarette électronique, des gens comme nous:

Aujourd’hui c'est plus de 2 000 emplois direct en France qui sont concernés, des nouvelles boutiques ouvrent tous les jours sur Internet ou physique, il y a plus de 500 boutiques en France, c'est un rare marché en pleine expansion alors que nous sommes en crise... Au delà des 2 000 emplois directs cela fait travailler énormément de monde, les webmasters, designers apporteurs d'affaires, agence de pub... Tous ces emplois sont menacés à disparaître par cette directive...

Selon le professeur Bertrand Dautzenberg sur lemonde.fr: "Fumer, c'est un peu prendre l'autoroute à contresens, vapoter, c'est rouler à 140 km/h au lieu de 130 km/h".

Bonne iClope à tous !