La guerre du tabac: l'empire contre attaque

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Brève histoire de la cigarette électronique et pouvoir suprême de l’empire du tabac.

La guerre du tabac: l'empire contre attaque

La cigarette électronique est arrivée sur le marché en France aux alentours de 2010 et on peut dire qu’elle a bien fait parler d’elle depuis. Tout d’abord mollement, personne ne pensait que cela allait fonctionner, puis, petit à petit, elle s’est fait connaitre et le marché a explosé comme nous pouvons le voir aujourd’hui.

L’incroyable dans cette histoire est que personne ne l’avait vu venir. Le marché fut donc très particulier à ses débuts. L’industrie du tabac n’y croyait pas, l’industrie pharmaceutique non plus.

Le tabac c’est quand même le truc dont on a du mal à se passer et une clope électronique… même pas la peine d’y penser…

Ce nouveau marché s’est donc organisé en France au départ autour de petits passionnés. Il n’y avait aucun gros acteur, simplement de toutes petites structures. En réalité c’est un tout nouveau marché qui s’est créé : un marché sans histoire, sans historique et surtout sans prévisionnel. Personne ne savait vraiment ce que cela allait donner.

Les débuts se sont fait sur Internet et de façon pour le moins « artisanale » ! Des sites « fait maison », un peu à l’arrache, mais avec un véritable SAV, de la connaissance et du très bon relationnel. Pour vendre des cigarettes électroniques en 2010, il fallait d’abord trouver des cigarettes électroniques. A l’époque ce n’était pas « kanger » ou « Joyetech », les fabricants n’étaient pas encore connus. Il a fallu découvrir à tâtons les différents produits, les fournisseurs. Les acteurs ont alors découverts l’incroyable marché chinois. La cigarette électronique a été inventé las bas et ce sont encore pratiquement les seuls à en fabriquer. Trouver des contacts grâce au bon coin chinois «Alibaba », trouver les bons produits, faire de nombreux tests… Il n’y avait pas de grossiste en France, tout se passait en direct avec la chine.

Il a fallu ensuite trouver le e liquide. Premièrement le e liquide chinois, avec Dekang qui étaient les premiers, puis les e liquides Français. Il y en avait très peu à l’époque, seuls quelques passionnés en proposaient avec fabrication très  « artisanale ». Les délais pouvaient être de 4 mois pour les revendeurs…

Puis, petit à petit, le marché s’est développé.

Après la première vague de passionnés, sont arrivés les utilisateurs un peu plus « dans le business ». Il s’agissait encore d’utilisateurs convaincus mais qui avaient déjà un peu travaillé sur le net ou dans le commerce. Sont alors apparus des sites plus « qualitatifs », avec un peu plus de moyens, un peu plus de suivi. Surtout sont apparus des fabricants Français de e liquide fonctionnant de façon plus industrielle.

Les gens du milieu se connaissaient, ils commençaient à croire sérieusement au produit et ce premier développement s’est passé de très belle manière : Pour être sûr que cela fonctionne, les fabricants on fait preuve de beaucoup de rigueur et nous avons vu apparaître l’équivalent de « normes de qualité » pour les e liquides. Des boutiques comme Alfaliquid et Vincent dans les vapes se sont imposés eux-mêmes des normes strictes pour les e liquides made in France. Des flacons sécurité enfant, une vraie fiche technique sur la composition des liquides, des tests dans des labos indépendants… Et tout cela sans aucun contrôle ni obligation de l’Etat. Les acteurs étaient sérieux et nous les félicitons encore vraiment pour tout ce boulot accompli et cet état d’esprit.

Je le répète, cela s’est passé sans aucun contrôle de l’état qui ne trouvait pas encore que la cigarette électronique pourrait poser quelques questions.

Les fabricants de liquides se sont structurés, des salons sont apparus avec le premier « Vapexpo » sur Bordeaux et sont arrivés les boutiques physiques. Tout d’abord de petites boutiques indépendantes puis des chaines, des franchises…

Le marché de la cigarette électronique a connu son véritable tournant, une explosion.

Avec la venue des boutiques et des sites internet « qualitatifs », le marché s’est extrêmement développé, la presse s’en est mêlée et fin 2013 on ne parlait plus que de ça.

C’est également en 2013 qu’est apparu la 3 ème vague de « professionnels » de la cigarette électronique : les non utilisateurs qui sentent le business monter et qui veulent leur part du gâteau.

Beaucoup ont ouvert des boutiques et nous avons commencé à perdre un peu en qualité. Et la concurrence à commencé à faire son œuvre. Bien d’une certaine manière avec l’arrivée d’une quantité incroyable de nouveaux fabricants, plus de choix et baisse des prix. Mais un peu moins bien sur la qualité des produits et du service.

En 2014 le marché a littéralement explosé, l’offre plus que la demande, tout le monde a cru en l’eldorado et les boutiques poussaient comme des champignons.

Alors qu’en 2010 il n’y avait que 11 boutiques de cigarettes électroniques en France on en dénombra plus de 2 400 en 2014

La guerre du tabac: l'empire contre attaque
Certainement un peu trop vite car on voit que beaucoup sont en train de fermer. On pouvait trouver en 2014 souvent 5 boutiques dans des villes de moins de 10 000 habitants, ce qui n’avait aucun sens, ce n’était pas viable. Il y a eu la guerre des prix (bon pour le consommateur, un peu trop rude pour les revendeurs) et de nombreuses boutiques ont déposé le bilan.

Nous repartons aujourd’hui sur des bases plus saines avec des acteurs plus solides qui ont fait leurs preuves et on projette un nombre de 2 000 boutiques en 2015.  

Cette dernière vague de pros non utilisateurs s’est accompagnée de quelques soucis sur la qualité. Des cigarettes électroniques bas de gamme pour faire un maximum de marge, peu de conseil au client, peu de SAV. Le petit marché de passionnés du départ s’est transformé en gros business avec tout ce que cela représente. Et l’on a un peu commencé à taper sur la cigarette électronique dans la presse.  

Nous y reviendrons.

Le plus important, ce qu’il ne faut pas oublier, est que la cigarette électronique est un outil pour arrêter de fumer. Le but étant de faire sortir les gens de la plaie du tabac.

Et sur ce point, une chose incroyable s’est produite. Alors que le montant des ventes de cigarettes s’était stabilisé depuis le plan cancer de 2003 jusqu’en 2012, nous avons connu pour la première fois depuis 10 ans 3 baisses consécutives des ventes de tabac: 

- 5% en 2012

- 7,5% en 2013

- 5,3% en 2014. La guerre du tabac: l'empire contre attaque
On ne peut pas dire à 100 % que cette baisse soit uniquement liée à la vente de cigarettes électroniques mais on peut sérieusement le penser. La politique de l’état n’a pas vraiment varié depuis ces 10 dernières années et cette chute est inversement proportionnelle à la vente de cigarettes électroniques.

Dans tous les cas, ce fut une grande victoire : la chute des ventes de tabac et un impact direct sur la santé public, le bien être de la population, le plus important.

Mais cette victoire n’en était pas une pour tout le monde… loin de là.

Forcément, la chute des ventes du tabac ne plait pas nécessairement à ceux qui vendent du tabac… à l’industrie du tabac.

Industrie, rappelons-le, qui ne peut pas être mise dans la « case des gentils » avec sa politique commerciale pour le moins agressive consistant à vendre un produit addictif qui tue… Politique consistant à tuer un client sur deux sur le long terme…

C’est important de le rappeler car c’est le genre de bonshommes qui sont, on peut le dire, prêts à tout pour conserver leur part de marché et augmenter leurs ventes.

Ce marché de la cigarette électronique qui était presque inexistant en 2010, représente aujourd’hui rien qu’en France près de 395 millions d’euros. Et forcément c’est un énorme manque à gagner pour l’industrie du tabac. Ce succès de la cigarette électronique ne leur a donc bien évidement pas plus.

C’est là que nous avons pu constater avec effroi la puissance brute de cette industrie.

Alors qu’ils n’avaient rien vu venir au départ, qu’ils considéraient la cigarette électronique comme un gadget sans intérêt, avec la chute des ventes du tabac, « Big tobacco » a commencé à s’y intéresser fortement.

Et alors que la cigarette électronique était considérée dans les médias comme un produit révolutionnaire en 2013, on a commencé sérieusement à en dire du mal en 2014, sans trop de raison apparente…

Il y a eu tout d’abord une première vague de contestations venant des buralistes, poussés par les vendeurs de cigarettes. Les buralistes expliquaient qu’il y avait une concurrence déloyale des boutiques de e cigarette et quelques procès ont eu lieu pour les faire fermer. Avec la fameuse histoire du buraliste de Toulouse.

Cela n’a pas très bien fonctionné pour les buralistes, la justice étant tout de même bien faite en France et les boutiques de e cigarettes ont pu perdurer.

L’industrie du tabac s’est alors fortement intéressée aux médias et a fait jouer tout son réseau pour mener une énorme campagne de désinformation sur la cigarette électronique.

De nombreuses études qui n’en étaient pas sont sorties dans les journaux, avec des titres dans le genre «  la cigarette électronique est plus cancérigène que le tabac », carrément !

C’étaient de fausses études mais les médias aiment bien ça, les scandales, surtout sans trop vérifier les sources. Et au jour ou l’information va plus vite que la lumière, cela fait mouche.

Donc un grand nombre de fausses études dont nous avons largement parlé :

Les journalistes sont-ils des salopards irresponsables ou simplement de gros idiots?

Une étude japonaise dépasse la vitesse de la lumière

Les médias racontent n’importe quoi

La cigarette électronique augmente la taille du sexe masculin

- cigarette électronique, il y a toujours pire!

Nous ne pouvons pas dire à 100% que toutes ces études ont été commandités par l’industrie du tabac. Ce n’est ici qu’une supposition et nous ne voulons pas rentrer dans une théorie du complot. Mais là encore on peut sérieusement le penser ! Il suffit souvent de regarder à qui cela profite… Certaines de ces études y sont clairement associées et au regard de ce que nous savons sur leur méthodes on s’autorise à penser qu’ils n’y sont pas pour rien.

Enorme campagne de désinformation sur la cigarette électronique relayée dans tous les médias. Il faut savoir que toutes les études scientifiques sérieuses faites sur la cigarette électronique démontrent l’inverse de cette campagne. La cigarette électronique n’est peut-être pas totalement inoffensive (nous n’en avons pas aujourd’hui la preuve) mais la totalité des médecins et spécialistes s’accordent pour dire que c’est extrêmement moins nocif que la cigarette. Mais beaucoup moins de « buzz » sur ces études.

Je rappelle au passage que la cigarette tue un fumeur sur deux… c’est quand même étonnant que la cigarette électronique soit encore plus nocive !

Ils se sont ensuite attaqués à la qualité du produit en lui-même : les batteries qui explosent, les « grands brulés »… 2 cas en France pour 12 millions de personnes qui l’ont essayé… 2 cas ultra relayés par les médias. Là encore les explications sur la mauvaise utilisation du produit et la comparaison chiffrée avec d’autres produits n’ont pas fait beaucoup de bruit.

Cette désinformation que l’on a pu voir dans la presse à fait son effet. On peut par exemple le voir sur cette courbe fournie par google tendance :

La guerre du tabac: l'empire contre attaque

Il s’agit de l’évolution de la recherche du mot clé « cigarette électronique » sur le moteur de recherche google en fonction des articles parus dans de la presse. C’est donc l’intérêt que porte le public à la cigarette électronique. Les lettres représentent les parutions des médias et la courbe le nombre de recherche.

Cette campagne de désinformation a donc plutôt bien marché car on voit que la courbe subit des chutes après chaque parution

- A : Article de sudinfo : La cigarette électronique 5 à 10 fois plus cancérigène que le tabac.

D : Article de France info : La cigarette électronique « pas si inoffensive que ça »

E : Article de la Croix : La cigarette électronique interdite aux mineurs

L’impact de la presse est considérable, les gens se désintéressent de la cigarette électronique pensant que c’est mauvais pour la santé, pensant que ça peut exploser dans la main… et ils se remettent à fumer du tabac, ce qui leur donne une chance sur deux de survire…

Tout le monde connait la fameuse phrase de son voisin quand on sort une cigarette électronique à table : « Il parait que c’est pire que la cigarette, il parait que… »

Cela permet également à l’état de jouer dans leur sens en menant un petit combat contre la cigarette électronique sous prétexte de lutter contre le tabac. Ce qui se tient… un peu. Donc interdiction dans les lieux publics, au bureau… Il faut rappeler que les produits du tabac sont taxés à plus de 80%...

Et nécessairement, sur le premier semestre de 2015, il y aurait visiblement une hausse des ventes de tabac pour la première fois depuis 2009 de 7%.   

En faisant cela, l’industrie du tabac récupère un peu du marché, cela fonctionne, mais elle ne s’attaque pas au fond du problème. Bien qu’il y ait une baisse, la cigarette électronique fonctionne et c’est un énorme manque à gagner. La désinformation n’est pas suffisante.

C’est en sous-marin qu’ils ont fait le plus gros du boulot et que l’on a pu constater l’organisation ultra solide et efficace de l’industrie du tabac.  

C’est en faisant pression sur les politiques, du lobbying, qu’ils ont réussi leur plus gros coup, un coup de maitre : la mise en place d’une directive européenne concernant la cigarette électronique. On pourrait presque être admiratif si on ne parlait pas de santé publique…

L’industrie du tabac a commencé dans le plus grand secret à faire pression sur l’Europe pour faire en sorte non que le produit soit interdit mais mieux, que seul leur produit soit autorisé à la vente !

Nous en avons parlé ici : le scandale de la cigarette électronique ou comment nous prendre pour des jambons

Mais petits rappel des faits :

Le 3 décembre 2013 s’est tenue une réunion dite du « Trilogue » regroupant les trois principaux acteurs européens: La commission, le parlement et le conseil de l’Union Européenne. Ce Trilogue avait pour but d’écrire définitivement le texte sur la directive anti-tabac qui serait voté au parlement Européen. Ce plan européen pour lutter contre la consommation tabac parlait majoritairement de la cigarette traditionnelle : le prix des paquets, les photos, la suppression des logos… Mais un article de cette directive concernait la cigarette électronique, l'article 18. Cet article était censé se baser sur le précèdent vote d’octobre mais nous avons constaté que l’article 18 de cette directive a été complétement remanié et de façon plus terrible que dans nos pires cauchemars.  

Dans le nouvel article 18, les contraintes sur la cigarette électronique étaient draconiennes.

En voici un florilège: 

-  la cigarette électronique sera considérée comme un produit du tabac et donc exclue de la libre commercialisation (uniquement dans les bureaux de tabacs) avec une interdiction totale de faire de la publicité,

- La cigarette électronique la plus vendue, avec cartouche ou "clearomiseur", rechargeable sera interdite. Or, elle représente environ 90% des modèles sur le marché car c’est celui qui présente le plus d’atouts,

- Le réservoir contenant le e-liquide devra être scellé. Ceci signifie la disparition des flacons de e-liquide et donc des entreprises françaises qui se sont lancées dans sa fabrication,

- Le taux de nicotine maximum sera de  5 mg/ml, taux dérisoire pour un fumeur privant ainsi la cigarette électronique de son principal intérêt.

- …

Autant dire clairement que cette directive, en imposant de telles conditions, marquait la fin de la cigarette électronique. Tout ce qui en faisait l’intérêt serait INTERDIT

Cette directive a fait son petit bout de chemin au parlement, elle a été un peu remaniée puis votée le 26 février 2014. Nous l’appelons la TPD (tobacco product directive) et elle devrait être applicable en Europe en Mai 2016. Il y a eu quelques changements sur la libre commercialisation et sur le taux de nicotine mais le plus gros du texte est resté.

Le coup de maître de l’industrie du tabac est le suivant :

Déjà la pression sur l’Europe est remarquable mais on se rend compte également que les contraintes proposées par cette nouvelle directive n’interdisent pas totalement la vente de la cigarette électronique. Si l’on cherche bien, on découvre qu'il existe un certain type de cigarette électronique qui reste compatible avec la TPD. Des cigarettes électroniques qui, par le plus grand des hasards, sont exactement les nouveaux produits fabriqués par les géants du tabac est qui sortent petit à petit sur le marché.

D’abord la Ploom de chez Japan tobacco, puis la JAI de chez Imperial Tobacco et certainement bien d’autre.

Ces cigarettes électroniques sont de l’avis de tous totalement inefficaces. Le mieux pour s’en convaincre est de les essayer et vous les trouverez dans votre bureau de tabac. C’est un bond de 4 ans en arrière, ce sont des produits qui ne fonctionnent pas pour arrêter de fumer.

Avec cette directive l’industrie du tabac va donc:

1) Tuer la concurrence en retirant du marché tous les produits actuels

2) Récupérer le marché en proposant le seul produit encore conforme

3) Et le mieux : conserver leur clients car le produit proposé ne fonctionne pas.

Les utilisateurs vont trouver cette « nouvelle » cigarette électronique inutile et vont rapidement se remettre à fumer. Celle-ci n’est pas faite pour arrêter de fumer mais au contraire pour continuer.

Voilà donc un petit rappel des faits… L’industrie du tabac qui est une des pires industries que le monde n’est jamais connu influence directement le gouvernement et s’en sors toujours gagnant.

La contre-attaque de l’empire est donc très forte, bien menée, l’étoile noire est en orbite…

Alors que faire ?

Bien que les choses n’aillent pas très bien, il reste tout de même des petits groupes de résistants.

L’AIDUCE (l’association indépendante des utilisateurs de cigarettes électroniques) milite pour la sauvegarde de la cigarette électronique telle que nous la connaissons, celle qui fonctionne. Il y’a également de nombreux professionnels engagés, des associations…

Si vous trouvez cela scandaleux et que vous souhaitez participer, vous pouvez regarder le site de l’AIDUCE, devenir adhérant, signer les pétitions, vous renseigner, partager, réagir….Faire passer le mot …

Une très bonne vape à tous !